Musique et Danse country
D'hier à aujourd'hui....
Première partie
INTRODUCTION...
L'idée que l'on se fait de la Musique Country se limite bien
souvent à quelques clichés, grands espaces, cow-boys, blondes
platine et idéologie réactionnaire. La réalité recouvre une
situation infiniment plus complexe. Musique préférée des blancs du
sud des États-Unis, elle appartient à l'histoire américaine,
traçant une ligne continue entre les pionniers et l'Amérique
d'aujourd'hui. La Musique Country a évolué par étapes successives
mêlant ses propres genres à d'autres cultures venues d'Europe ou
d'Afrique, mais elle est également liée à la géographie de son
pays.
Pour ce qui est de la Danse Country, il est bien difficile
d'ébaucher une histoire, même sommaire, alors que les visions, les
interprétations, les avis divergent entre les pays, les organismes
et les danseurs eux-mêmes. Pour l'Amérique profonde, la Danse
Country est avant tout la danse en couple. C'est pourquoi, il
serait bien audacieux de vouloir définir la Danse Country, tant la
diversité des courants est grande. On peut donc dire, tout comme
pour la Musique Country, qu'il n'y a donc pas 'une' Danse Country
mais de multiples courants qui intègrent de nombreuses spécificités
venues des danses telles que 'valse, polka, mazurka, square,
cuban...' dont elles sont issues. Nous essaierons donc de couvrir
ce phénomène qu'est devenue la Musique Country et par le fait même,
l'évolution qu'a connue la Danse Country jusqu'à aujourd'hui.
LA MUSIQUE COUNTRY... SES ORIGINES
AUX ÉTATS-UNIS...
Lorsque les immigrants anglais et irlandais s'installent dans le
massif des Appalaches, ils doivent affronter des conditions de vie
rudes et misérables. Le dimanche, on se retrouve à l'église pour
prier, chanter des cantiques et des airs traditionnels celtiques.
Dans leurs montagnes, ces trappeurs, bûcherons, fermiers ne sont
guère touchés par l'autre musique Américaine, issue du classique
mais aussi de la variété de cabaret. En quittant l'Europe,
l'anglais avait apporté avec lui dans son bagage, son violon, c'est
cela que découvrira l'explorateur « Cecil J. Sharp » en 1916 : une
tradition intacte et quasi inaltérée. Il collecte environ 1700
ballades anglaises, écossaises et irlandaises, qu'il annote et qui
constitueront une documentation remarquable sur les débuts de la
Musique Country. Il découvre aux côtés de ces ballades inchangées,
des paroles qu'il emprunte désormais à la vie des Appalaches. «
Stephen Foster » s'inspire aussi des thèmes entendus lors de ses
voyages, et compose « Oh Susanna », interprétation qui a été
reprise au cours des dernières années par le groupe « Yamboo ».
D'autres compositeurs dont « George Cooper et James
Bland » font de même et ont ainsi joué un rôle important dans la
naissance d'un folklore anglo-américain.
Mais l'Amérique s'industrialise très vite, et vers la fin de 19ème
siècle, l'exploitation du charbon dans les Appalaches commence.
Pour cela, il faut des routes, parfois des voies de chemin de fer.
C'est ainsi que le massif s'ouvre à la civilisation. Si beaucoup de
blancs arrivent, attirés par l'argent possible à faire, il y a
aussi de nombreux noirs qui fuient leur condition de vie
(esclavage...). Pour les habitants déjà en place, le choc culturel
est énorme, car c'est la première fois qu'ils voient des noirs.
Ceux-ci amènent avec eux la guitare (qu'ils avaient eux-mêmes
repris aux Vaqueros Mexicains). Mais cet instrument est difficile à
fabriquer et coûteux. C'est ainsi qu'au début du 20ème siècle se
développe le banjo, car il a l'avantage d'être facile à fabriquer
et plus aisé à la fusion des Appalaches. La fin du 19ème et le
début du 20ème siècle voient une nouvelle vague d'immigrants
arriver. Ils viennent d'Europe et amènent avec eux leur tradition :
Italie (mandoline), Tchèque et Polonais (valses, polka...).
Parallèlement à tout cela, les îles Hawaii sont annexées par les
États-Unis en 1898, et attirent l'engouement d'Américains pour ce
territoire. Là subsiste une guitare introduite par les Mexicains en
1830, mais dont les Hawaiiens modifient le jeu : à plat sur les
genoux en faisant glisser un tube de métal sur les cordes. Ce sont
les spectacles hawaiiens qui sillonnent les États-Unis depuis
l'annexion en 1898, qui font découvrir aux Américains leur musique
et cette nouvelle guitare (nouvelle façon aussi d'en jouer). Leur
jeu est virtuose et rempli de swing, ce qui a pour effet de
stupéfier les Américains.
C'est en 1915 que les premiers enregistrements de musiciens
hawaiiens sur le territoire américain se feront, et auront pour
conséquence de devenir un élément à part entière de la Musique
Country.
Mais comment se faisait connaître la Musique Country, et comment
évoluait-elle? Une partie de la réponse se trouve dans les « tent
shows ». Ce sont des théâtres ambulants qui circulent à travers
tout le territoire à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle.
Ces tournées de Vaudeville constituent souvent l'unique attraction
du village visité, et attirent par conséquent une foule énorme. Ce
sont les chanteurs de Vaudevilles qui feront connaître (en partie)
la Musique Country aux endroits les plus reculés, ce qui aura aussi
pour conséquence de démontrer aux habitants des Appalaches qu'ils
peuvent vivre de leur talent musical. C'est sur ce modèle
qu'apparaîtront bientôt les premiers « médecine shows »,
(spectacles ambulants qui ont pour but de vendre des remèdes
douteux...) et qui présentent des artistes locaux. Peu à peu,
certains de ces artistes acquièrent une certaine notoriété qui leur
permet de s'exporter.
C'est ainsi que naît une musique commerciale appelée alors «
Hillbilly Music » baptisée ainsi par « Al Hopkins » lorsque
descendu de ses Appalaches pour enregistrer ; le producteur « Ralph
Peer » lui demande quel style de musique il joue, il répond : «
we're just a bunch of hillbilly from North Carolina and Virginia.
Call it anything you want ». C'est ainsi qu'est né le terme de «
Hillbilly Music », signifiant littéralement : musique des
péquenots.
Aux États-Unis, la Musique Country connut sa première période de
popularité à la fin des années 1920, comme le montre le grand
succès d'interprètes, tels que « Vernon Dalhart, Jimmie Rodgers ».
« The Singing Brakeman », première vedette de la Musique Country
qui influença « Wilf Carter » et, surtout, « Hank Snow », « la
famille Carter » des États-Unis et plusieurs groupes
instrumentaux.
AU CANADA...
La Musique Country fut introduite auprès des auditoires canadiens
par la radio des États-Unis. Les premières émissions aux stations
WBAP, Fort Worth (à partir de 1923), WLS, Chicago (WLS Barn Dance,
1924) et WLS, Nashville (Grand Ole Opry, 1925), tout comme celles,
ultérieures, de l'influente station WWVA, Wheeling, Virginie,
furent entendues dans de nombreuses régions du Canada. Les
émissions de George Wade and His Cornhuskers à la station CFRB,
Toronto, en 1928, et de Don Messer à CFOB, Saint-Jean, N.-B., en
1929, marquèrent bientôt les débuts de la Musique Country à la
radio canadienne. Les violoneux américains Eck Robertson et Henry
Gilliand sont cités comme les premiers interprètes Hillbilly des
États-Unis à avoir enregistré en vue d'une diffusion commerciale
(Victor, 1922). Cependant, des instrumentistes traditionnels
canadiens français enregistrèrent dès 1918, tel le violoneux « J.
B. Roy » chez Victor. En 1925, Le catalogue Apex comportait déjà
des
78 tours de plusieurs musiciens traditionnels canadiens anglais
dont le violoneux « Percy Scott, Dennis O'Hara et Jock McDonald »,
de même que « Billy Russell », harmoniciste et joueur
d'ukulélé.
En 1932, « Wilf Carter » adopta le nouveau style commercial et « A.
Hugh Joseph » en fit l'enregistrement chez Canadian Victor. Sa
chanson « My Swiss Moonlight Lullabye » fut un succès national, le
premier au Canada gravé par un Canadien. Sa popularité incita
Victor à enregistrer d'autres Canadiens, notamment « George Wade »
(1933), « Hank Snow » (1936) et « Hank Larivière » (1941).
Toutefois, le succès des disques canadiens demeura limité à
cause de la nature restreinte et mal définie du marché au pays.
Ainsi, durant de nombreuses années, la présentation individuelle de
spectacles et le travail à la radio demeurèrent les principales
activités des interprètes canadiens de Musique Country, notamment
les groupes populaires au niveau régional tels que les « Gully
Jumpers, Charlie Hannigan and His Montaineers, Billy Hole and the
Livewires à Toronto, Bert Anstice », qui se firent entendre sur les
ondes de la CCR à Montréal, et les « Red River Mates d'Andy
DeJarlis » à Winnipeg. Les « Cornhuskers » furent probablement le
premier groupe country à faire des tournées à l'échelle nationale,
des Maritimes aux Prairies, durant les années 1930.
AU QUÉBEC...
Cette popularité pour la Musique Country fut marquée par les
premiers enregistrements, au milieu des années 1940, de « Paul
Brunelle » et de « Willie Lamothe ». Elle était inspirée des styles
des États-Unis plutôt que de la musique traditionnelle canadienne
française et comportant un répertoire de chansons originales et de
traductions de succès
Américains. Les premières chansons de « La Bolduc » et du « soldat
Roland Lebrun » montraient une certaine ressemblance avec le
country au niveau du sentiment exprimé et des thèmes abordés. Dans
La Chanson Québécoise (Montréal 1974), Benoit L'Herbier écrivait
:... le succès du western au Québec s'explique aisément. Comme
les
Américains moyens, les Québécois, en majorité cultivateurs,
habitant la campagne, près de la terre, éprouvaient les mêmes
sentiments devant la vie, l'existence et le monde... Leur monde de
simplicité pleura la disparition de « La Bolduc », s'attarda au «
soldat Lebrun ». Le western leur apparut comme une suite logique.
D'ailleurs, les « chansons de cow-boy » possédaient les saveurs
folkloriques, adaptées à un climat moderne. D'autres pionniers de
la
Musique Country au Québec dans les années 1940 et 1950 furent «
Bobby Hachey, Marcel Martel, Paul Ménard, Roger Miron, Ti-Blanc
Richard et Oscar Thiffault ». Plus tard, « Lévis Bouliane, André
Breton, Denis Champoux, Julie et Paul Daraîche, Armand Desrochers,
Elaine, Régis Gagné, Georges Hamel, André Hébert, Marie King,
Carole Laure, Renée Martel, Patrick Norman, Claude Patry, Larry
Robichaud, Jerry et Jo'anne, Gildor Roy et Rock
Voisine » s'ajoutèrent au nombre des vedettes country. Le succès du
« Festival Western de Saint-Tite », établi près de Shawinigan en
1968, témoigne de la grande vogue de cette musique au Québec.








Commentaires